Edgardo Donato

32Edgardo Donato est né en Argentine en 1897. Ses parents étaient originaires d’Italie et ont eu neuf enfants dont trois ont été musiciens : Ascanio, Carlos et Edgardo.

Contrairement à certains musiciens qui avaient vécu dans un contexte familial où la musique était absente ou bannie, le jeune Donato a grandi dans un réel climat musical. Son père évoluait dans la musique, d’une part en tant que joueur de mandoline puis de violoncelle et, d’autre part, il faisait partie d’un orchestre de musique de chambre. Certains écrits mentionnent qu’il était chef d’orchestre de musique de chambre. Cette expression semble mal choisie car il n’y a pas de chef d’orchestre dans ce genre musical au sens où on l’entend traditionnellement (ce terme fait référence au chef d’orchestre dans la musique symphonique). Il est difficile de déterminer si son père était le directeur d’un orchestre de chambre ou s’il exerçait un rôle important dans le choix des oeuvres interprétées l’assimilant dès lors au chef de la formation.

Très vite la famille part en Uruguay, à Montevideo. Il étudie la musique dans cette ville et plus tard au conservatoire Franz Liszt sous le contrôle attentif de son père.

À 21 ans, Donato souhaite travailler dans le domaine musical et il va exercer plusieurs activités dans le monde de l’opéra.

Quelque temps plus tard, il intègre une formation musicale pour la première fois, à savoir l’orchestre Negro Quevado dont le pianiste est Enrique Delfino.

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Mais sa carrière démarre véritablement en 1919, il a donc 22 ans, quand il joue lors de l’inauguration du prestigieux cabaret Tabaris avec l’orchestre de Carlos Warren qui est le premier ensemble argentin à se consacrer au jazz. Au cours d’un spectacle où cet orchestre jouait en alternance avec un orchestre de tango, comme il était fréquent à l’époque, il rencontre le violoniste Roberto Zerrillo avec qui il s’associera un peu plus tard.

En 1922, il commence à composer. Sa première oeuvre est Julián.

Donato fait partie des musiciens qui ont beaucoup composé, et avec un grand succès. Certains de ces morceaux sont très connus : Muchacho, El Huracán, Se va la vida, El Acomodo, Mi Serenata, Pensalo bien, Así es el tango, etc., mais sa composition la plus célèbre est incontestablement A Media Luz qui fait partie des quatre tangos les plus enregistrés de l’histoire du disque. Firpo, Canaro et Gardel se sont empressés de l’enregistrer.

Ortiz, Aieta, Rodriguez et Donato

Ortiz, Aieta, Rodriguez et Donato

En 1927, il crée un orchestre avec Zerrillo dont fait partie le chanteur Luis Díaz qui a pour nom Orquesta Típica criolla Donato – Zerrillo et qui se fait connaître avec la publicité Los 9 ases del tango, la más formidable orquesta típica criolla que jamás se ha escuchado. Cet orchestre joue un an à Montevideo. Alors qu’il jouait dans cette ville, le directeur du célèbre Select Lavalle de Buenos Aires lui propose de jouer dans sa salle, ce qu’il accepte.

Il enregistre pour Brunswick et fait une tournée avec Azucena Maizani. Juste après, il dissout cette formation.

Il fonde alors un autre orchestre, mais cette fois-ci le sien propre, qui joue tant dans les salles de cinéma que dans les théâtres et à la radio. Cette formation dont faisaient partie ses deux frères et les chanteurs Luis Díaz et Téofilo Ibañez se proclame Los ocho ases del tango porteño, Edgardo Donato y su formidable típica criolla.

Il passait pour être plein d’humour, espiègle, farceur et adepte de la dérision. Il n’est pas interdit de penser que ces phrases faussement accrocheuses et comiques étaient de lui (voir note 1).

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Il poursuit sa collaboration avec Brunswick jusqu’en 1932 qui correspond à la disparition de cette célèbre maison de disques, pour continuer à enregistrer avec la non moins célèbre société Victor avec qui il collaborera jusqu’à la fin de sa carrière.

En 1933, il fait partie des musiciens qui jouent dans le célèbre film Tango (1933) et Riachuelo dont il compose la musique avec Orsi (1934).

Cet extrait du film Tango est très précieux car on voit Donato diriger (voir note 2) :


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En 1944, tout en gardant son orchestre, il en fonda un autre spécialement dédié à l’interprétation du répertoire de la Guardia Vieja. Il s’agit d’un quartet composé de Pracánico, Aieta, Domingo et lui.

Son frère décide de fonder son propre orchestre en 1945. Donato est donc contraint d’en constituer un nouveau.

Il meurt en 1963.

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LE STYLE D’EDGARDO DONATO

Le style d’Edgardo Donato se caractérise par l’élégance des lignes mélodiques tant instrumentales que vocales qui reposent sur un rythme puissant et bien marqué dans l’unique but de permettre une danse aisée, agréable et enthousiaste.

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On ne trouve pas chez lui la volonté d’innover dans le domaine musical comme le feront Julio De Caro, Osvaldo Pugliese, Rodolfo Biagi, Juan D’Arienzo, etc. Le fait que sa carrière se situe à la charnière de la Guardia Vieja et du renouveau du tango de l’âge d’or n’est pas un élément explicatif en soi.
Il suffit en effet de comparer les âges des musiciens pour constater que Julio De Caro, sensiblement du même âge que lui, a bouleversé le paysage musical dans les années 1925 au point de créer une nouvelle école et d’être le fondateur de la Guardia Nueva. Pugliese son cadet de seulement quelques années a aussi bouleversé le genre musical.

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Une des explications du style caractéristique de Donato réside, à notre avis, dans le trait marquant de sa personnalité c’est-à-dire sa gaieté, son enthousiasme et son sens de l’humour.

Sa musique a cette qualité rare d’inciter à danser tant elle est riche de verve communicative comme le montre Sinsabor, musique qui peut aussi parfois être teintée de malice comme Rosa póneme una ventosa.

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Rosa póneme una ventosa

Ses valses et milongas sont aussi marquées par le dynamisme et l’effervescence.

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Ella es asi (milonga)

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Estrellita mia (valse)

Parfois mais c’est plus rare, Donato donne une couleur très nostalgique, voir profondément triste à sa musique et dans ce cas, il en accentue considérablement le côté sombre et émotionnel.

Deux de ses morceaux en sont l’illustration parfaite : d’une part, La Melodía del Corazón et d’autre part, Mi Serenata, sur lesquels dansent régulièrement des danseurs célèbres comme Sebastián Arce et Mariana Montes ou Fabian Peralta et Virginia Pandolfi :


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Il serait intéressant de connaître les intentions et ce qui a conduit Donato à jouer La Melodía del Corazón tango de Fioravante Di Cicco et Héctor Artola dont la source directe est une des pièces les plus célèbres du répertoire pianistique classique à savoir, l’Etude op. 10 n°3 de Frédéric Chopin. A son sujet, le célèbre compositeur considérait qu’il ne pourrait pas écrire quelque chose de plus beau.


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Parfois, des paroles ont été écrites sur cette musique et ce morceau est dès lors intitulé Tristesse. Il a été chanté par certains artistes lyriques comme Beniamino Gigli dans les années 1930 qui l’interprétait en français et Giuseppe Di Stefano dans les années 1960 qui le chantait en italien (voir notes 3 et 4).

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Tristesse par Di Stefano

Des années plus tard, cette mélodie sera reprise par Serge Gainsbourg dans sa chanson Lemon Incest interprétée par sa fille Charlotte et lui.

Le style de Donato est relativement homogène même si on peut noter une évolution entre la période correspondant à l’orchestre initial de Donato – Zerrillo et le second.

S’agissant de ce dernier, il est plus vif et dynamique que le premier, les arrangements sont plus riches et ses célèbres pizzicatti sont nombreux et clairement audibles (voir note 5).

En ce qui concerne les tangos chantés, Donato donne le meilleur de lui-même, surtout dans la période 1938 – 1942.

Les grandes voix dont il s’est entouré étaient réellement en harmonie avec l’orchestre y compris les duos comme ceux de Lita Morales et Horacio Lagos dans Sinsabor ou Antonia Maida et Randona dans Ruego.

Chose plutôt rare, certains de ses tangos étaient chantés par trois voix.

La qualité musicale de Donato en fait un musicien incontournable des milongas actuelles.

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NOTES

1) En revanche, il est probablement faux d’affirmer comme il est parfois écrit qu’il portait des lunettes sans verre. Il l’a sans doute fait quelquefois pour faire une farce mais il est évident qu’il portait de vraies lunettes ainsi que les photos le montrent à maintes reprises.

2) Dans cette vidéo, le morceau entendu n’est pas Despues del Carnaval ni La Brisa comme l’avance un commentateur mais bien Alas Rotas. Seulement Donato ne le joue pas en cette année 1933 comme il le fera 5 ans plus tard et en outre il s’agit d’une version purement instrumentale alors qu’elle était chantée en 1938.

3) Le terme Tristesse n’est pas de Chopin encore moins celui qui est parfois écrit à savoir L’Intimité. En ce qui concerne le premier terme, c’est l’éditeur de Chopin qui a écrit cette mention sur la partition.

4) gdsGiuseppe Di Stefano mériterait à lui seul de longs développements tant il a marqué l’histoire du chant.

Di Stefano était considéré comme l’un des plus grands ténors de l’art lyrique.
En 1940 alors qu’il avait 19 ans, il est mobilisé comme soldat dans l’armée italienne. Il est prisonnier en Allemagne jusqu’en 1943, puis s’évade et gagne la Suisse (Lausanne) où il reste dans un camp de réfugiés. C’est dans ce camp qu’il est remarqué par Radio-Lausanne qui faisait une émission. Cette radio lui propose de chanter lors d’une émission qui a lieu en 1944. Son récital est exceptionnel. On peut l’écouter en intégralité grâce à un disque qui a eu plusieurs noms comme Giuseppe Di Stefano – The early years ou Giuseppe Di Stefano – Early Treasures. Il a été le partenaire privilégié de Maria Callas.

Sa voix se caractérisait par un timbre unique immédiatement séduisant, un engagement dramatique hors du commun, un legato parfait, une morbidezza enchanteresse, une ligne vocale homogène, une diction exemplaire, etc.

Ses interprétations ont marqué l’histoire du chant ainsi que sa capacité unique à diminuer une note aiguë (du forte au pianissimo) comme ce fut le cas par exemple dans Faust à San Francisco en 1950 et dans Tosca sur les plus grandes scènes du monde.

L’intensité de ses interprétations déclenchaient des tonnerres d’applaudissements et créait un climat d’excitation comparable à celui que l’on retrouve dans les arènes sportives au point que le public ne laissait pas toujours l’orchestre continuer après certains airs qu’il chantait comme ce fut le cas à Mexico en 1952 dans I Puritani, à Berlin en 1955 dans Lucia Di Lammermoor, à la Scala de Milan en 1959 lors d’une représentation de Tosca, etc., mais en réalité après chacune de ses interprétations.

Dans cette captation sonore d’une représentation de ce dernier opéra au Palacio de Bellas Artes à Mexico en 1952, on constate l’explosion du public après l’air du IIIe acte E lucevan le stelle (qui commence à 10.08).

Les moyens techniques de l’époque étaient faibles par rapport à ceux d’aujourd’hui et ils ne pouvaient pas restituer la splendeur et la puissance vocale des artistes lyriques (et ils ne le peuvent toujours pas d’ailleurs en dépit des améliorations notables) mais cet enregistrement est néanmoins très précieux d’autant plus que lors de cette représentation, Di Stefano avait Maria Callas pour partenaire et qu’il accepte de donner un bis du même air :

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Tosca (3e acte), Mexico 1952

Les représentations d’opéras étaient très peu filmées à l’époque contrairement à aujourd’hui. Autant les vidéos de Di Stefano sont nombreuses en ce qui concerne ses passages à la télévision et les films dans lesquels il a tourné, autant elles sont en très petit nombre concernant ses interprétations sur scène.

Mais voici un extrait de Cavalleria Rusticana de Mascagni.
(Contrairement à la date approximative qui est indiquée, il ne peut pas en aucun cas s’agir des années 1950 mais cet extrait date des années 1960 (je dirais 1962/1963) car la voix de Di Stefano était plus lyrique en 1950 que celle que l’on entend ici où, au demeurant, les voyelles sont chantées de façon plus ouverte.
Contrairement aussi à la ville qui est indiquée, on peut légitimement avoir de très sérieux doutes sur Palermo car l’amphithéâtre du Teatro Massimo n’est pas comme cela. A mon avis et avec une marge d’erreur très faible, cet extrait a été filmé à l’Opéra de Rome dont l’amphithéâtre a bien tout au fond ce genre de fenêtres avec des petits carreaux comme des « vitraux »… mais le principal est que cet extrait soit visible grâce à la personne qui l’a publié qui mérite d’être remerciée) :

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5) Le pizzicato qui concerne uniquement les instruments à cordes frottées consiste à pincer les cordes pour les jouer au lieu d’utiliser l’archet.

 

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DISCOGRAPHIE

Excellente collection :

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Ces disques permettent de connaître les principaux chanteurs de Donato
(Cliquez sur les images pour les agrandir)
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