Bien choisir son cours de tango.

« C’est le rôle essentiel du professeur d’éveiller la joie de travailler et de connaître ».
Albert Einstein

À de nombreuses reprises, on m’a demandé d’indiquer sur ce blog « les bons professeurs de tango » et « les bons cours ».

Volontairement, je n’indique pas de nom concernant les professeurs et les cours de tango.

La raison principale pour laquelle aucune indication n’est donnée tient au fait que pour être pertinente, elle supposerait que je connaisse tous les professeurs et cours ce qui est loin d’être le cas. Par ailleurs même si je les connaissais tous, mon avis serait nécessairement subjectif, donc sans réel intérêt, sans compter que les motivations des personnes qui veulent apprendre le tango peuvent être très différentes.

Il me semble plus intéressant de souligner quelques éléments à prendre en considération qui permettent de faire un choix réfléchi et surtout d’optimiser le cours choisi.

Ces éléments peuvent se résumer en deux points : l’obtention d’une information claire et précise sur les caractéristiques du cours avant de vous engager et une réflexion personnelle à mener concernant le but que vous recherchez.

S’agissant des éléments à prendre en compte, le point le plus important est de ne pas confondre grand danseur et bon pédagogue car il n’y a pas d’équivalence automatique. En d’autres termes, on peut être un très grand danseur, émérite, voire célèbre, et être un professeur très moyen, voire médiocre. Ce qui compte le plus dans un cours, ce n’est pas d’avoir devant soi un danseur connu et célèbre dont les qualités de danseur sont indéniables mais un  réel pédagogue qui sait transmettre ce qu’il maîtrise en sachant s’adapter au groupe et dans une moindre mesure à la personnalité de chaque élève qui est nécessairement différente.

La célébrité ou la notoriété médiatique (vidéos, etc.) ne sont donc pas l’assurance d’un bon enseignement. Des personnes peu connues du grand public et dont on chercherait en vain des vidéos, et qui se tiennent à l’écart de la publicité tapageuse, sont en réalité de vrais professeurs talentueux.

Ceci n’est pas propre au tango argentin. Dans d’autres genres artistiques, certains grands artistes sont incapables d’être de bons pédagogues.

Certains grands danseurs sont des professeurs d’un bon niveau et d’autres conjuguent la maîtrise de leur art et une très grande compétence pédagogique avec tous les cas de figures intermédiaires.

Un écueil est à éviter et concerne les « faux » professeurs. Par faux il faut entendre les personnes qui peuvent donner des cours alors qu’elles n’ont absolument aucune capacité si ce n’est celle qu’elles s’accordent (et dans ce cas elle est très grande… tout comme la poudre aux yeux que vous recevrez…).

Un autre élément important concerne la façon de se déterminer. Mieux vaut se faire un jugement par soi-même au terme d’une réflexion poussée plutôt que de se fier aux avis des uns et des autres. Parmi les remarques, informations, discussions enthousiastes, etc., les avis peuvent être contradictoires (c’est aussi une raison pour laquelle je ne peux pas prendre en considération les avis que l’on me donne dans la mesure où ils sont divergents).

Les cours « découverte » ou un stage peuvent permettre de se faire une idée sur tel professeur ou tel cours.

La recherche d’une information claire et précise sur le cours a son importance afin de déterminer si le cours vous convient.
Ainsi, toutes les questions concernant la façon dont se déroule le cours (salle, partenaire obligatoire ou non, rotation imposée ou non, les absences, le paiement et ses modalités, l’adhésion obligatoire à une association, l’existence d’un règlement, le droit de filmer ou non, etc.) doivent être réglées a priori.

Il est impossible d’indiquer ce qui est bien ou non dans les points qui viennent d’être énumérés car tout dépend de chacun. À titre d’exemple, tel professeur n’exigera pas une importante assiduité alors que tel autre professeur vérifiera votre niveau pour savoir si vous pouvez réintégrer le groupe, tel cours n’a aucun règlement intérieur alors que tel autre a un règlement draconien, etc.

Le contenu de l’enseignement est évidemment un point déterminant.
En ce qui concerne les personnes qui débutent, il est très important que le professeur insiste sur les fondamentaux et sur la marche tout particulièrement car le tango est une danse de marche. Passer très vite aux figures sous prétexte qu’un bon danseur est avant tout celui qui en exécute est une erreur et s’avère contre-productif à moyen terme.

Par ailleurs, faire des figures trop tôt surtout si elles sont compliquées peut avoir pour conséquence d’induire des maux corporels, voire des pathologies. Un enseignement qui ne « maltraite » pas le corps est particulièrement nécessaire d’où l’intérêt premier pour les professeurs qui ont des connaissances sur la structure du corps humain et son fonctionnement (muscles sollicités, etc).

Un autre point important concerne le nombre d’élèves par cours. Il faut être conscient que passé un certain nombre de personnes, il devient humainement impossible d’assurer un cours de qualité sauf à se concentrer sur un certain nombre de couples ce qui implique l’exclusion plus ou moins grande des autres. C’est la raison pour laquelle peut exister un numerus clausus qui a l’avantage de garantir un nombre de couples raisonnable (voir note 1).

Les éléments personnels qui supposent que vous ne preniez pas une décision à la légère reposent sur des éléments très subjectifs, le style de tango que vous voulez apprendre et l’appréciation de votre niveau si vous n’êtes plus un néophyte.

Parmi les éléments personnels, figurent des considérations géographiques, de motivation, financières, etc., propres à chacun.

De même que l’ambiance du cours est une question d’appréciation personnelle. Certains cours sont conviviaux d’autres peuvent avoir un esprit de compétition (somme toute assez ridicule).

Le style de tango enseigné n’étant pas uniforme et chaque professeur ayant ses particularités, il est évidemment capital de choisir le cours qui convient à ce que vous recherchez et de vous renseigner avant sur ce que vous apprendrez.

L’appréciation de son propre niveau est importante dans le choix d’un cours. Vouloir à tout prix intégrer un cours qui est trop élevé par rapport à ses réelles capacités ne sert strictement à rien. En cas de doute, mieux vaut s’en remettre à l’avis du professeur qui non seulement appréciera votre niveau intrinsèque mais aussi la cohérence de votre intégration dans un cours en fonction de son niveau global. En effet, un cours qui aurait un niveau trop disparate ne permettrait pas un enseignement de qualité car il faut une certaine cohésion du groupe.

Selon moi, la pluralité de professeurs au cours d’une année est à éviter. Mieux vaut avoir un professeur sur une période plus ou moins longue quitte à abandonner le cours si quelque chose ne convient pas, plutôt que de multiplier les enseignements simultanés qui peuvent s’avérer contradictoires, sans cohésion, voire perturber un élève alors que pris individuellement ces cours peuvent être cohérents et bénéfiques.

Une fois le cours choisi et suivi, il convient de l’optimiser.

Dans un cours, l’écoute globale (écoute proprement dite, observation) est fondamentale . C’est elle qui permet de réellement apprendre. Mais l’écoute doit être active c’est-à-dire qu’il ne suffit pas d’entendre les informations du professeur encore faut-il retenir  les éléments importants pour vous au fur et à mesure du cours et les hiérarchiser mentalement sachant que ce travail sera différent selon les personnes. À titre d’exemple, une information donnée par le professeur peut s’avérer sans importance et être oubliée pour un élève et au contraire être déterminante pour un autre.

Quand ces points importants sont définis et hiérarchisés, il est très important de les écrire même si vous avez l’impression que vous les retiendrez. Cela présente en outre l’avantage de pouvoir vous y référer plus tard, de voir vos qualités et surtout vos défauts, de travailler ce qui a été enseigné, etc.

De la part des élèves, il est important aussi de ne pas tout attendre du professeur. Réfléchir, garder un esprit critique, faire le tri entre les informations reçues, observer, sont autant d’éléments qui enrichissent le travail personnel et l’apprentissage.

Afin que le cours ne reste pas une théorie, il est nécessaire de mettre en application ce qui a été enseigné, de pratiquer.

L’écoute de la musique est capitale dès que l’on commence le tango. Cela permet peu à peu de connaître les différents orchestres et l’évolution de leur style. Au début, cela peut sembler inutile et pourtant vous en retirerez de grands bénéfices au fur et à mesure de votre évolution.

*

Dans la musique classique, on reconnaît les très grands chefs d’orchestre notamment à leur capacité à faire jouer une formation musicale au maximum de ses capacités sans exiger d’elle un niveau d’interprétation qui se rapprocherait d’un idéal impossible à atteindre pour diverses raisons (technique des instrumentistes, disparités entre les pupitres, etc.).
Le très grand chef d’orchestre Carlos Kleiber expliquait que tout en dirigeant un orchestre dès les répétitions, il instaurait une relation de complicité avec chaque musicien qui ne reposait pas sur des données musicales. Ce qui signifie que les qualités techniques, les connaissances sont nécessaires mais pas suffisantes et que s’y ajoutent la capacité à créer une envie de travailler ensemble. Dans les cours de tango argentin, c’est un peu la même chose. Un grand professeur est celui qui élève le niveau du groupe tout entier et qui prend en compte les individualités nécessairement différentes.

NOTE

1) J’ai le souvenir d’avoir fait un stage alors que j’étais débutant (sachant que je le suis toujours) avec un professeur dont je garde un souvenir catastrophique en raison du nombre considérable et déraisonnable de personnes et de niveaux très disparates (sans même parler du retard de 40 minutes du professeur qui ne s’est même pas excusé). Le trop grand nombre de personnes a eu pour conséquence que les corrections individuelles étaient très limitées, voire absentes et les explications pour le groupe difficiles.
Parmi les participants à ce stage pourtant pour débutants se trouvaient des personnes qui avaient de très nombreuses années de tango et même des professeurs (là le professeur en question n’y pouvait rien).
Je pensais beaucoup apprendre et finalement je n’ai pas appris grand-chose. Je n’y suis jamais retourné car j’ai eu le sentiment que j’avais perdu mon temps.

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