Alberto Di Paulo

1111Alberto Di Paulo est né à Buenos Aires en 1929. Le climat musical de sa famille était important car son père jouait du violon et ses oncles, du bandonéon.

Il étudie le solfège à sept ans avec son père, et montrant des dispositions pour la musique, il intègre très vite le Conservatoire où il reçoit l’enseignement d’un violoniste classique, membre du Teatro Colón (l’Opéra de Buenos Aires). Son père lui achète un violon mais c’est le bandonéon qui l’intéresse le plus. Il l’étudie très vite et l’apprend d’oreille.

À 12 ans, il joue déjà bien et intègre une petite formation musicale composée d’enfants, avant de jouer dans des orchestres de quartier, notamment l’orquesta típica Maipo ce qui lui permet de perfectionner son jeu instrumental.

À 14 ans, il rencontre Emilio Balcarce et il s’intéresse aux arrangements musicaux (voir note 1). Souhaitant avoir de plus en plus de connaissances musicales, il étudie l’harmonie, le contrepoint et l’orchestration avec Cayetano Marcoli.

En 1948, il joue avec les orchestres de Vardaro puis un peu plus tard de Ratti au cabaret Casanova.

En 1952, il fonde son orchestre et fait ses débuts à Radio Libertad dont il participera régulièrement aux émissions pendant deux ans. De 1954 à 1956, il cesse son activité sans donner d’explication. Ce retrait de trois années correspond exactement à ce qu’avait fait Di Sarli quelques années plus tôt (même durée, même absence d’explication).

En 1957, il revient sur le devant de la scène et son orchestre accompagne deux chanteurs célèbres et populaires – Armando Laborde et Alberto Echagüe, ce dernier ayant beaucoup chanté avec Juan D’Arienzo (voir note 2). C’est avec eux qu’il fait ses premiers enregistrements. À cette époque, la place des chanteurs était si importante que l’on considérait que son orchestre accompagnait ces deux chanteurs et non pas ces derniers qui chantaient avec l’orchestre de Di Paulo, phénomène courant en ces temps-là à quelques exceptions près dont la plus représentative est Pedro Laurenz (voir note 3).

Plus tard, il accompagne une autre vedette du chant, à savoir Alberto Marino, et participe à plusieurs émissions télévisées tout en poursuivant sa carrière au disque. Lors d’une séance d’enregistrement, Xavier Cugat est dans les studios tout à fait par hasard (voir note 4). À ce moment-là, ce dernier recherchait un arrangeur pour son orchestre. Malgré des contacts pris avec D’Arienzo, Troilo et Piazzolla, il choisit finalement Di Paulo pour une raison très précise (voir plus bas les explications dans l’analyse du style).
Di Paulo a travaillé en collaboration avec un autre arrangeur, Mario Cosentino.

Ses enregistrements connaissent un vif succès.

En 1966, il assure la direction musicale du disque Catorce con el Tango à la demande d’un producteur de disques. Dans le cadre de la promotion de ces nouveaux enregistrements, il voyage en Amérique du Sud, en Espagne et au Japon. Cette présence sur trois continents différents est une illustration typique de l’internationalisation de plus en plus importante du tango.

En 1982, il devient un des collaborateurs et conseillers en matière musicale du Reader’s Digest  (voir note 5).

Il meurt en 2011.

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LE STYLE D’ALBERTO DI PAULO

147Lorsque Xavier Cugat décide de faire appel à Alberto Di Paulo en tant qu’arrangeur, il fonde sa décision sur sa capacité extrême à maîtriser les cordes notamment grâce à ses dispositions remarquables pour exploiter au mieux leurs variétés expressives. Il faut dire que son intérêt pour les cordes était très accentué au point d’aboutir à une hypertrophie de ce pupitre par rapport aux autres instruments. À titre d’exemple il pouvait y avoir jusqu’à huit instruments à cordes dans son orchestre.

Nous avons vu dans l’article consacré au choix raisonné des instruments de musique en tango argentin, que les cordes, principalement les violons, constituent l’élément principal du chant orchestral.

Dès lors, il n’est pas étonnant que la principale caractéristique stylistique de la musique d’Alberto Di Paulo soit la suprématie de la ligne mélodique qui est toujours claire et limpide, et qui s’inscrit en permanence dans le respect de la mélodie définie par le compositeur. Cela n’exclut nullement une large variété d’expressions musicales qui confèrent à la mélodie une large palette de couleurs (voir note 6).

Cette vidéo est instructive car on retrouve l’intégralité des pupitres de cordes dans un orchestre de tango argentin, ce qui est rare : violons (4), altos (2), violoncelle (1) et contrebasse (1). Leur nombre est éloquent: huit cordes pour trois bandonéons. Sa direction est aussi instructive car c’est aux cordes qu’il s’adresse pour demander l’accentuation sonore, et ses gestes (et mêmes paroles) montrent bien qu’il attend d’elles beaucoup plus d’emphase et de legato (par exemple de 0.45 à 0.50).


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Le soin apporté à la définition du rythme se retrouve nettement chez Di Paulo. La pulsation rythmique est bien marquée et étroitement corrélée à la mélodie, d’où une danse aisée qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté.

La partie vocale est relativement peu développée mais de qualité en raison de la présence de grands chanteurs comme Alberto Podestá, Rodolfo Lesica, Roberto Rufino, Alberto Morán et Argentino Ledesma.

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No me hablen de ella (Lesica)

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Alma de Bohemio (Podestá)

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Antiguo reloj de cobre (Lesica)

De tous les musiciens de tango argentin, Di Paulo est sans doute celui qui se rapproche le plus, par moments, du style de Di Sarli. La ressemblance est parfois très forte mais elle n’est pas totale si on écoute attentivement l’orchestration qui n’est ni identique ni copiée. Cela lui a valu certaines critiques invoquant un manque d’originalité qui pouvaient être d’autant plus importantes que les enregistrements, figés par essence, permettaient toutes les comparaisons alors que l’exécution de sa musique dans la fulgurance du direct le permettait beaucoup moins, et que l’on ne retrouvait pas les éclats de diamant de la musique de Di Sarli .

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Lo Llamaban el Senor del Tango

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Bahia Blanca

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Verdemar par A. Podestá

Les analogies ou fortes ressemblances entre  musiciens se retrouvent à toutes les époques. Ainsi certaines pages de la musique de Mozart se rapprochent étonnamment de celles de Domenico Scarlatti ou de Joseph Haydn, principalement en ce qui concerne les sonates (mais ceci doit être relativisé si on prend en compte la structure des sonates qui est très différente entre Scarlatti et Mozart ne laissant aucune place au doute sur le compositeur de l’oeuvre).

Le problème n’est donc pas l’existence en soi d’une ressemblance musicale (la notion d’Ecole de musique dans son acception de mouvement musical, atteste des ressemblances stylistiques entre musiciens qui conservent toutefois leur identité propre) mais de savoir si un musicien a suffisamment d’originalité pour s’affranchir de son modèle d’inspiration qui peut être très prégnant.

Alberto Di Paulo a su éviter l’écueil d’être un pâle copiste pour être un réel musicien et en ce sens, sa musique pleine d’intérêt mérite une place de choix dans l’univers du tango argentin.

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NOTES

1) Emilio Balcarce a eu une carrière extrêmement riche. Quelques années avant sa disparition, il était au premier plan du documentaire « Une Histoire du Tango » (2005) dont l’objet était la transmission en matière musicale entre les musiciens de la « vieille école » historique et les musiciens modernes de ce genre musical. A cet égard, il conseillait aux jeunes musiciens de « sentir ce qui est arrivé hier pour créer votre musique au rythme d’aujourd’hui« .

Dans le film qui a eu beaucoup de succès, Cafe de los Maestros, Emilio Balcarce et son orchestre jouent Si sos brujo.

2) Alberto Echagüe était le chanteur qui, en 1937, chantait le célèbre Paciencia avec l’orchestre de Juan D’Arienzo, ce dernier l’ayant composé.

paciencia arienzo

Mais Roberto Echagüe a aussi chanté avec l’orchestre d’Alberto Di Paulo (Un infierno par exemple).

3) Dans le domaine de l’opéra, ceci est encore plus vrai : les chanteurs célèbres font davantage venir le public que l’orchestre, tant en ce qui concerne les représentations que les concerts.

4) Xavier Cugat était appelé le Roi de la rumba. Il a été le principal acteur de la diffusion de la musique latino-américaine et plus particulièrement des rythmes cubains dans les années 1920 – 1930 qu’il a adaptés au goût des Américains.
Son succès fut tel qu’il a voyagé dans un nombre considérable de pays.
Portrait Of Musician Xavier Cugat
Il a été l’accompagnateur du ténor le plus célèbre de l’époque, Enrico Caruso, lors de sa tournée aux États-Unis, trois ans avant sa disparition.
Il a aussi engagé une jeune danseuse de 13 ans, Margarita Carmen Cansino qui deviendra très célèbre et adulée et s’appellera plus tard Rita Hayworth.

5) Le Reader’s Digest est une revue généraliste de petit format dont le titre français est Sélection Reader’s Digest.

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 6) Même si certaines musiques peuvent laisser peu de place à la mélodie au profit d’une riche atmosphère musicale ou d’un climat expressif esthétique, il n’en demeure pas moins qu’ elleest vraiment la pierre angulaire de la musique. Certes, elle n’est pas suffisante en soi, mais elle constitue le socle fondamental qui sera enrichi par l’orchestration et l’exploitation au plus haut niveau de perfection des particularités sonores des divers instruments dont le résultat sera d’autant plus beau que les combinaisons et la richesse de leur complémentarité seront réussies.

En tango argentin, qui a la particularité d’être d’abord une musique sur laquelle on pratique une danse de marche, il est évident que la musique d’atmosphère n’a pas vraiment sa place sauf si on se place dans une stricte écoute, et que la mélodie doit être toujours clairement définie, immédiatement identifiable et assise sur un rythme net et marqué pour pouvoir danser.

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DISCOGRAPHIE

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Partie vocale avec Alberto Podestá et Rodolfo Lesica :

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