José Basso ou le tango pondéré.

111José Basso est né en Argentine en 1919.

Il reçoit ses premières leçons de musique dès l’âge de cinq ans grâce aux cours de Margarita Solano qui lui enseigne le piano.

Rapidement, il joue dans un quartet composé d’enfants avant de faire ses vrais débuts à l’âge de 16 ans dans un trio dont font partie Juan Sánchez Gorio (bandonéon) et Emilio González (violon). En ce sens, il fait partie des jeunes prodiges à l’instar de D’Arienzo et D’Agostino, notamment, qui jouaient en public alors qu’ils étaient enfants.

Il s’intéresse de très près au football au point de jouer au Boca Juniors, célèbre club, et entame des études supérieures qu’il abandonne rapidement.

En 1935, il intègre comme pianiste l’orchestre d’Alberto Cima, puis un an plus tard celui d’Emilio et José De Caro. Il quitte rapidement ce dernier pour rejoindre l’orchestre de Francisco Grillo puis celui de José Tinelli en 1938.

Cette année est importante pour lui non pas parce qu’il joue dans le trio Gallardo – Ayala – Basso mais parce qu’il fait partie de plusieurs orchestres de renom – ceux d’Antonio Bonavena, Anselmo Aieta et surtout celui d’Alberto Saifer. Ce dernier faisait de nombreuses émissions à Radio El Mundo dont Ronda de Ases, en 1943. C’est à cette occasion qu’il est remarqué par Aníbal Troilo qui recherchait un pianiste pour remplacer Orlando Goñi qui avait décidé de créer sa propre formation et l’avait donc quitté. Basso reste quatre ans dans l’orchestre de Troilo, de 1943 à 1947. Il participa donc à des enregistrements importants et jouaient les solos. Il est évident que ces années passées avec le célèbre musicien influenceront sa conception de la musique (recherche de l’équilibre musical, solos importants, etc.).

En 1947, il décide de fonder son propre orchestre qui va connaître rapidement un immense succès sans discontinuer pendant plusieurs décennies.

Tous ces bals et concerts commenceront toujours par Ahi va el dulce. Il rappelle ce titre dans une émission à laquelle participent quelques grands noms du tango dont Osvaldo Pugliese :


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Le présentateur de son orchestre aura une annonce immuable : « Basso y sus Bassitos« .

En 1949, ayant suffisamment d’expérience, il fait  ses premiers enregistrements  pour RCA Victor mais qui ne seront pas publiés. En revanche, la firme Odéon l’engage et publie ses enregistrements dans lesquels chantent deux artistes célèbres, Francisco Fiorentino et Ricardo Ruiz (ce dernier a peu enregistré avec Basso contrairement à Floreal Ruiz qui a beaucoup chanté avec son orchestre mais dans les années 60 ; il convient de ne pas les confondre). Plus tard, Jorge Durán et Oscar Ferrari chanteront avec sa formation musicale.

À l’aube des années 60, Basso participe à de nombreuses émissions télévisées dont le succès est retentissant. Deux autres orchestres partagent cet engouement des téléspectateurs, ceux de D’Arienzo et de Troilo. Certains considèrent que l’intérêt pour ces trois formations musicales s’expliquait par la part importante de l’image télévisuelle de ces trois musiciens, de leur gestuelle quand ils jouaient ou dirigeaient : l’énergie débordante de D’Arienzo, le recueillement profond de Troilo qui jouait les yeux fermés, Basso qui jouait de façon peu académique (voir note 1).
Nous pensons qu’il faut vraiment relativiser cette donnée pour les deux raisons suivantes. À cette époque-là en premier lieu, la télévision était encore balbutiante. L’image était en soi une telle nouveauté que la portée sur le public était déjà considérable (voir note 2). En second lieu, ces musiciens étaient adulés depuis des années pour leurs qualités musicales et n’ont probablement pas métamorphosé leur style visuel pour jouer avec la caméra comme certains le feront bien plus tard car elle était un simple vecteur de diffusion de la musique. Ce n’est que des années plus tard que la télévision deviendra un moyen de communication actif où la forme l’emportera de plus en plus sur le fond, fût-ce au prix d’artifices et du détournement de son but premier (envahissement de la publicité, formatage, chanteurs préfabriqués incapables de chanter sur une scène, etc.).

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En 1967 et 1970, Basso fait deux tournées triomphales au Japon.

En 1990, il reçoit lors de la création de l’Academia Nacíonal del Tango, la distinction d’Académico de Honor.

Autant sa carrière a été l’une des plus longues des musiciens de tango argentin, autant sa discographie est faible en quantité car il laisse seulement 250 enregistrements dont une part très importante de tangos car on ne compte en effet que 25 valses et milongas.

Il a composé un certain nombre d’oeuvres ou a été parolier comme pour Milonga para los orientales avec Jorge Luis Borges.

Il meurt en 1999.

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LE STYLE DE JOSE BASSO

22222José Basso a été un musicien qui a connu une carrière particulièrement longue, à l’instar d’Osvaldo Pugliese et Alfredo De Angelis puisqu’elle s’étend sur 50 ans.

Une des explications de son succès constant réside dans le subtil équilibre qu’il a su créer et maintenir entre la musique de tango traditionnel et l’esthétique musicale moderne, rejoignant en cela les considérations artistiques de Troilo.

Alors que certains musiciens gardaient l’empreinte de la Guardia Vieja et de ses canons esthétiques et structuraux, il s’est tourné vers la modernité évolutive notamment en matière d’arrangements subtils et a choisi une structure rythmique innovante. Cet équilibre explique que sa musique était toujours dansable là où les nouveautés avant-gardistes et hypermodernes la rendaient impossible, sauf à de rares exceptions près.
Ainsi, il a repris les célèbres tangos instrumentaux joués par les pères fondateurs de ce genre musical tout en jouant parallèlement les premières oeuvres d’Astor Piazzolla dont il a été l’un des principaux interprètes, mais en les adaptant à la danse dont il se souciait tout particulièrement.

Au niveau mélodique, la ligne est relativement fragmentée mais toujours identifiable sur un rythme soutenu par des accélérations et des ralentissements juxtaposés qui confèrent une élasticité au discours musical d’autant plus forte qu’elle est renforcée par le jeu rubato (voir note 3).

Don Juan

Don Juan

Ces vidéos sont précieuses car elles constituent des documents rares du jeu de Basso et de son orchestre en public :


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Les solos parfois absents chez certains orchestres sont bien présents dans sa musique, de même le jeu à l’unisson de tous les musiciens lors des passages ou accords joués fortissimo.

Basso s’est entouré de grands chanteurs aux timbres vocaux variés : Fiorentino, Ferrari, Durán pour ne citer qu’eux. La partie vocale de sa musique est beaucoup plus importante que l’instrumentale car elle représente presque le double des tangos instrumentaux.

Mi noche triste par Fiorentino

Mi noche triste par Fiorentino

Mi noche triste par Fiorentino

La maleva par Ferrari

Mi noche triste par Fiorentino

Tomo y obligo par Durán

 

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NOTES

1) La question du jeu les yeux fermés n’est pas forcément synonyme d’un impact sur le public. En fait tout dépend de la sincérité de l’artiste. Bien réelle chez Aníbal Troilo, jouer les yeux fermés peut sonner faux chez certains.

Parfois jouer les yeux fermés est considéré comme un handicap par certains metteurs en scène lors de concerts ou enregistrements filmés en studio. À titre d’exemple, à une époque, Herbert von Karajan dirigeait très souvent les yeux fermés. Avec Henri Georges Clouzot, c’était le cas pour les enregistrements filmés. Des années plus tard quand Karajan a refait certains enregistrements au demeurant des mêmes oeuvres, on lui a demandé d’accepter de ne plus jouer les yeux fermés car cela ne cadrait pas avec la communication moderne (tel ou tel metteur en scène estimait, à tort, que l’intériorisation de la direction les yeux fermés allait à l’encontre de la communion entre le chef et les musiciens et pouvait donc gêner le spectateur). Pourtant, il nous semble que la communication dans le cas de ce chef d’orchestre était beaucoup plus forte et importante quand il dirigeait les yeux fermés.

Dans le domaine de la peinture, la force est parfois beaucoup plus importante dans la suggestion, voire la dissimulation. Ainsi quand Renoir a peint des tableaux relatifs à la danse – Danse à la ville et Danse à Bougival par exemple, le regard du danseur semble beaucoup plus présent et appuyé alors que les yeux ne sont pas apparents ; c’est principalement le cas dans la seconde oeuvre dans laquelle les yeux pourtant dissimulés n’empêchent pas un regard à l’extraordinaire présence.

Danse à la ville

Danse à la ville

Danse a bougival

Danse à Bougival

2) Dans les années 1950, il n’était pas rare que des personnes considéraient que le journaliste qui parlait à la télévision pouvait les voir et entendre ce qui se passait dans l’appartement ou la maison ! Plus tard, dans les années 1960, l’incrédulité de certaines personnes en matière de radio ou de télévision pouvait être encore importante.

Ainsi en matière de radio, Jean Yanne a fait une terrible plaisanterie (parmi biens d’autres) dont il a mesuré a posteriori l’effet et les conséquences : à l’époque où la modulation de fréquence n’existait pas et qu’il était souvent difficile de capter la radio de son choix en raison des multiples grésillements qui n’assuraient pas un confort d’écoute, Jean Yanne, alors animateur de radio, en plein direct avait conseillé aux auditeurs de faire couler de l’eau dans leur lavabo et d’y immerger leur transistor pendant quelques minutes, leur assurant qu’il fonctionnerait beaucoup mieux après. La station a reçu de nombreuses réclamations d’auditeurs comme quoi leur poste de radio ne fonctionnait plus du tout après le « remède » suggéré par leur facétieux et malicieux animateur, qui plus tard, a dit avoir été surpris par le nombre des personnes qui avait suivi ses bons « conseils »…

Des années après, il a écrit un livre intitulé On n’arrête pas la connerie. A peu près à la même époque, Michel Audiard faisait dire à Bernard Blier dans C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule (1974) : « Le jour où on mettra tous les cons dans un panier, tu ne seras pas assis sur le couvercle ».

3) Le rubato affecte la mélodie et /ou l’accompagnement et se caractérise par un ralentissement ou une accélération de certaines notes, selon la libre appréciation de l’interprète, pour donner une forme d’expression personnelle de l’œuvre jouée et éviter une interprétation  rigoureuse des notes écrites.
Cela requiert un sens de l’équilibre pour ne pas dénaturer l’œuvre tout en la jouant en fonction de ses propres critères. Dans le tango argentin, un rubato exacerbé et emphatique permet aux néophytes de tout de suite remarquer de quel genre musical il s’agit (c’est souvent à ce moment-là qu’ils avancent les bras horizontaux et bougent brutalement la tête à droite et à gauche tout en marchant).

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DISCOGRAPHIE

La collection Reliquias offre un large éventail de ses enregistrements aussi bien pour la partie instrumentale que vocale de sa musique :

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Et les disques de collection :

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