Casimiro Ain

25Danseur audacieux et très actif, Casimiro Ain est considéré comme le premier danseur moderne de tango argentin.

Il est né en 1882 à Buenos Aires dans le quartier La Piedad.
Sa mère était italienne, son père basque et exerçait la profession de laitier, parfois aidé par son fils, d’où les surnoms de El Vasquito et El Lecherito qui lui seront donnés.

Très jeune il danse dans la rue au son d’orgues de barbarie. À 14 ans seulement il est danseur dans le spectacle Pantomina Acuática du Frank Brown’s Circus donné au Théâtre San Martin.

Estimant qu’il n’a pas grand-chose à faire à Buenos Aires, il décide de rejoindre l’Europe en 1903 (certaines sources avancent 1901 ce qui n’est pas impossible car Casimiro Ain datait son premier voyage en Europe aux environs de 1903).
Il arrive donc en Angleterre où il reste un mois et part ensuite à Paris pour un court séjour. Il danse le tango criollo au son d’une guitare et d’un violon dans divers bars et cabarets, le tango criollo que Manuel Pizarro privilégiera quelques années plus tard lors de son arrivée à Paris.

Après avoir passé quelques temps en Espagne, il regagne Buenos Aires en 1904. C’est dans cette ville qu’avec sa femme Marta ils dansent dans des spectacles notamment au Théâtre Opéra.

En 1910, il danse pour les fêtes du centenaire de l’Indépendance de l’Argentine. Il est alors devenu un véritable danseur professionnel ce qui lui ouvre les portes des salons où l’on dansait surtout la mazurka et la polka.

SIERRA_VENTANA_1

Sierra Ventana

En 1913, il traverse l’Atlantique à bord du Sierra Ventana pour gagner la France (voir note 1). Il arrive à Boulogne-sur-Mer et se presse de rejoindre Montmartre, à Paris. Il suit en cela l’exemple de Villoldo et Gobbi qui sont dans la capitale française depuis 1907, puis d’Enrique Saborido, Carlos Vicente et Geronimo Flores présents en 1911.

Lors de ce deuxième voyage, il est accompagné d’un trio : Vicente Loduca au bandonéon, Eduardo Monelas au violon et Celestino Ferrer au piano. Il danse beaucoup à Montmartre. Toutefois, certaines sources Argentines mentionnant qu’il danse à El Garrón une fois à Paris sont fausses car ce cabaret n’existait pas encore ; en revanche, il danse effectivement à l’adresse de ce qui sera le futur El Garrón, c’est-à-dire au Princess, situé 6, rue Fontaine.

Il reste plusieurs mois à Paris avant de partir pour New York la même année où il reste longtemps avant de regagner Buenos Aires en 1916.

Sa réputation bien établie lui permet d’enseigner. Il devient alors le professeur de certains aristocrates et enseigne dans diverses académies comme Cain et Abel et au café El Estribilo.

En 1920, il effectue son troisième voyage en Europe avec toujours la France pour destination première. C’est lors de ce séjour qu’il gagne dès l’année de son arrivée, le Championnat du monde de danses modernes avec pour partenaire Mlle Jasmine qui se déroule au Théâtre Marigny du 21 au 25 juin 1920 avec 150 couples en compétition. Les sources datant sa participation à cet événement en 1930 sont fausses dans la mesure où il n’était plus à Paris à ce moment-là. Non seulement il gagne le premier prix en tango mais il est aussi le vainqueur dans toutes les autres danses où il s’est présenté, à savoir, le boston, le fox trot, le one step, le paso doble, la matchiche (encore appelée tango brésilien) et la scottish (appelée shotish au début du siècle) ! Il devient alors le « roi du tango ».

La revue Comœdia Illlustré note dans son numéro du 1er juillet 1920 : « La danse est à l’ordre du jour. Avec un juste sens de l’opportunité, notre excellent confrère Comœdia a eu l’ingénieuse idée d’organiser un concours de danses modernes, tant parmi les professionnels que les amateurs. Ce concours a obtenu le plus grand succès. M. Casimiro Aín et Mlle Jasmine ayant concouru dans toutes les danses, ont obtenu le premier rang par le total très supérieur de leur points. Après avoir été déclaré prix d’honneur d’ensemble, ils ont disputé avec succès le titre de champion du monde (professionnels). […] Ce fut une grande semaine à Marigny ».

Sa célébrité est telle qu’il danse dans toute l’Europe (Allemagne, Portugal, Russie, etc.) avec Edith Peggy. Il participe activement au développement du tango en Europe et gagne énormément d’argent.

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Avec Edith Peggy

En 1926, il est à New York avec Francisco Canaro (peut-être se sont-ils rencontrés à Paris lors du séjour de Canaro en 1925 juste avant que le chef décide d’aller aux Etats-Unis ?).

En 1932, il danse au bal La Rural avec Odette Baiss devant un public considérable.
Canaro y participe avec un orchestre composé de nombreux musiciens.

Quatre ans plus tard, il est avec un autre monument du tango – Julio De Caro – pour le spectacle La evolución del Tango.
Il poursuit son activité liée à l’enseignement.
Il aborde le cinéma et tourne dans le film Destinos.

Sa fin est tragique. À la suite d’une opération chirurgicale, il est atteint par la gangrène contraignant les médecins à l’amputer d’une jambe. Il meurt peu de temps après en 1940.

*

 (Volontairement, cet article n’aborde pas un point de la carrière de Casimiro Ain, à savoir sa démonstration de tango argentin au Vatican devant le pape Pie XI, vérité historique ou simple légende. Cette question fera l’objet d’un article ultérieur).

 _________

NOTE

 1) Construit par le chantier Bremer Vulkan A.G. (Vegesack, Allemagne) pour le compte du Norddeutscher Lloyd, il effectue son voyage inaugural le 18 janvier 1913. Il avait une capacité de 1650 passagers. Il était affecté à la ligne Brême-Buenos Aires. Il effectue sa dernière traversée Buenos Aires-Brême le 7 juillet 1914. Évidemment, la guerre met fin à son activité qui a donc été de courte durée. En 1920, au titre de l’indemnisation des dommages de guerre, la France reçoit ce bateau de l’Allemagne. En 1926, il est cédé à la Compagnie des Chargeurs Réunis qui lui donne un nouveau nom, Amérique.
Il est démoli en 1936 en Grande-Bretagne.

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Articles concernant des musiciens ou lieux mentionnés dans ces lignes :

Francisco Canaro.
Julio de Caro.
Manuel Pizarro.
El Garrón.

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2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Isabelle
    Jan 31, 2015 @ 20:07:15

    Bonjour Sacha,
    quel bel article une fois de plus, qui donne envie de voir le beau Casimiro en vidéo. En l’absence de lien dans votre texte, j’imagine qu’il n’y en a pas de visible sur internet,… Dommage !

    Réponse

    • milongaophelia
      Fév 02, 2015 @ 08:57:56

      Bonjour Isabelle,

      Malheureusement oui, je n’ai rien trouvé sur Internet qui montrerait Casimiro Ain en train de danser. Peut-être qu’un jour on trouvera, ne serait-ce qu’un extrait, du film « Destinos » dans lequel il apparaissait.

      Cordialement,

      Sacha

      Réponse

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