Argentino Ledesma.

111Argentino Ledesma est né en 1928 en Argentine, à Santiago del Estero.

Il va à l’école tout en travaillant dès l’âge de sept ans et de manière ininterrompue jusqu’à l’âge adulte en exerçant divers métiers.

En 1947, il envisage d’intégrer une école militaire mais un problème physique au yeux lui enlève tout espoir d’y entrer.

Passionné par le football, il préfère s’engager dans la voie de la musique et plus précisément dans le chant. Alors qu’il n’a pas encore 20 ans, il participe à des émissions de radio et un jour il chante à l’improviste avec l’orchestre d’Alberto D’Angelo qui lui conseille d’aller à Buenos Aires. Il préfère ne pas faire le voyage pour la capitale dans la mesure où il perdrait ses contrats à la radio et il rejoint les orchestres de Joaquín Signorelli et Luis Napoleón.

C’est finalement en 1952 qu’il s’y rend car il est assuré d’avoir un travail au demeurant complètement étranger au tango, ayant été reçu premier à un concours. Très vite il rencontre Julio De Caro mais bien qu’impressionné par sa voix il ne l’engage pas car il a déjà un chanteur, Roberto Medina. Sa déception est de très courte durée car dès le lendemain, il est engagé pour un an à Radio Belgrano. Il rencontre Héctor Varela au moment où il voit partir son chanteur Alberto Laborde chez D’Arienzo. Il l’intègre immédiatement à son orchestre.

Cet engagement marque le lancement de sa véritable carrière. Il débute au Chantecler en 1952 (voir note 1). Il restera quatre ans avec Varela, de 1952 à 1956 (avec une brève interruption de trois mois). C’est avec cet orchestre qu’il fera ses plus beaux enregistrements  (mais qui ne sont pas ses premiers enregistrements dans la mesure où il avait déjà un peu enregistré en 1950) dont Fumando espero, initialement proposé à Rodolfo Lesica qui refuse de le chanter. Ledesma l’enregistre et l’engouement du public sera inouï.

En 1956, Jorge Durán, chanteur émérite, lui annonce que Carlos Di Sarli qui est à la recherche d’un nouveau chanteur aimerait qu’il chante avec son orchestre. Ils se rencontrent alors pour un essai dans les locaux de Radio El Mundo et Di Sarli l’engage aussitôt sans vraiment  laisser le choix à Ledesma, persuadé qu’il ne peut pas refuser ! Ledesma participe avec Di Sarli à des émissions de Radio El Mundo, chante au cabaret Marabú et fait des enregistrements en quantité extrêmement limitée.

De que podemos hablar avec Di Sarli

De que podemos hablar avec Di Sarli

Cette collaboration éphémère ne durera que trois mois et Héctor Varela réussit à le faire revenir pour quelques temps en lui proposant un contrat financier très important, démesuré pour l’époque. L’argent est-il le seul facteur explicatif de ce retour ? Il n’est pas interdit de penser que Ledesma, en pleine gloire, était tiraillé entre Varela grâce à qui il avait atteint le succès et l’appel de Di Sarli qui était à son apogée et jouissait d’un prestige plus grand auquel il était difficile de résister (voir note 2). Mais surtout, Ledesma au-delà de son engouement immédiat pour El Señor del Tango a peut-être réalisé que ses problèmes de santé qui étaient connus à cette époque-là pouvaient augurer d’un avenir plus difficile sur tous les plans, voire une fin de carrière brutale alors que le tango avait comme concurrents de nouvelles musiques dans un contexte d’internationalisation rapide de la diffusion musicale.

On peut légitimement s’interroger sur le point de savoir si c’est un bien ou un mal que sa collaboration avec Carlos Di Sarli ait été si brève. À notre avis la voix de Ledesma correspondait mieux aux scansions rythmiques et à la masse orchestrale de Varela qu’au lyrisme pur du grand Di Sarli au rythme plus lent. C’est probablement une des raisons principales qui expliquent la primauté de ses enregistrements avec Varela qui, pourtant peu nombreux en quantité puisqu’ils n’atteignent pas la trentaine sur les 500 enregistrements qu’il a laissés, sont passés à la postérité.

Les plus grands enregistrements de Ledesma avec Varela s’inscrivent dans sa seconde période avec lui (Fueron tres años, Que tarde que has venido, Muchacha, Fosforerita, Silueta Porteña, etc.).

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Fueron tres años

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Muchacha

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Silueta Porteña

Au-delà de ses interprétations individuelles, il chantera aussi en duo avec Rodolfo Lesica constituant un des plus beaux duos de l’histoire du tango argentin.

La stature artistique de Ledesma, son talent reconnu, le succès retentissant qu’il connaît, le conduisent à envisager une carrière de soliste indépendante. C’est ce qu’il fait en 1957. Il chante alors avec l’orchestre de Jorge Dragone. Il arrive qu’ il y ait une confusion quant aux enregistrements de cette époque-là, certains pouvant être confondus avec ceux de Varela. Cela s’explique par certaines similitudes rythmiques et une couleur proche entre les deux musiciens. Mais les ornements et le discours pianistiques de Dragone permettent de lever le doute car ils sont beaucoup moins présents  chez Varela.

Quien tiene amor (Dragone)

Quien tiene amor (Dragone)

En 1957, Miguel Caló fait tout pour l’engager moyennant un contrat mirobolant représentant un an de salaire avec Varela, mais en vain.

Cette année voit la sortie de son premier disque de soliste.

Il participe à de nombreuses émissions de télévision Comme Grandes Valores del Tango et fait ses débuts au cinéma dans El Asalto en 1960. Aucun chanteur n’a participé à autant d’émissions télévisées (et jusque tard dans sa carrière) et fort heureusement de nombreuses vidéos sont disponibles :


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De 1960 à 1962, il entreprend des voyages qui vont le conduire au Chili avec Dragone, en Italie, en Allemagne, en France (Paris à l’appel de Manuel Pizarro qui vivait dans cette ville depuis longtemps). Plus tard viendront des tournées sur tout le continent américain, du nord au sud, et une tournée triomphale en Australie (avec un de ses fils lui aussi chanteur) et Nouvelle-Zélande en 1986.

En 1964, il enregistre avec Francisco Canaro et poursuit sa carrière au disque jusqu’en 1980 avec Fresedo et Pansera (voir note 3).

Ledesma offre la synthèse parfaite des qualités que l’on peut attendre d’un chanteur : d’abord un timbre immédiatement reconnaissable d’une rare couleur cuivrée, une voix bien marquée sans être écrasante qui se plie aux intonations de l’orchestre, une homogénéité sur tout le registre, une diction irréprochable et des teintes variées selon les caractéristiques du texte chanté. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer ses trois versions de Fumando espero avec trois orchestres différents (Varela, Di Sarli et Di Paulo ) et les variantes dans l’interprétation :

Version Varela

De que podemos hablar avec Di Sarli

Version Di Sarli

Version Di Paulo

Il meurt en 2004.

Sa voix exceptionnelle et son sens interprétatif en font un des tout premiers chanteurs de l’histoire du tango argentin, sinon le plus grand si on excepte Carlos Gardel ayant atteint la stature de mythe qui dépasse la cadre du chant.

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NOTES

1) Chose extrêmement rare, il débute le jour de son anniversaire, le 24 juin, à 24 ans.

2) Phénomène bien connu dans le sport (l’appel des grands clubs) et dans d’autres genres musicaux (tel chanteur lyrique acceptant l’appel d’un chef d’orchestre pour un rôle trop lourd et dont la carrière s’arrête vite après, voire vite chanter sur les grandes scènes internationales et y casser sa voix).

3) Il convient de faire attention en ce qui concerne les enregistrements de Ledesma avec Francisco Canaro. En effet, certaines dates indiquées font apparaître les années 1969 et 1973 alors que Canaro est mort en 1964. Cette année-là, 12 enregistrements étaient prévus et concernaient exclusivement des morceaux composés par Carlos Gardel. Ledesma en enregistre seulement six car Canaro décède durant les sessions d’enregistrement. Les six autres morceaux restants seront enregistrés environ 10 ans plus tard sous la direction de Carlos García.

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DISCOGRAPHIE

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Avec Héctor Varela :

3
Avec Jorge Dragone :

2
Avec Francisco Canaro :

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Et les disques 45 tours ou 33 tours dont certains atteignent des prix très élevés :

47

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