Genaro Espósito.

11 (2)Genaro Espósito est né à Buenos Aires en 1886, et non en 1866 comme le mentionne à tort son certificat de baptême suite à une erreur d’écriture (voir note 1).
Il a été surnommé El Tano Genaro.

Ses parents ont quitté l’Italie et plus particulièrement la région de Naples pour s’installer dans la capitale argentine. Ils tenaient une épicerie-bar dans laquelle il travaillait.

Il reçoit un enseignement musical limité et apprend le bandonéon avec Antonio Solari de façon fragmentaire et limitée. En fait, il jouait d’oreille et ce n’est qu’en Europe, quelques années plus tard, qu’il développera ses connaissances musicales au point de pouvoir enseigner à Aieta et Brignolo. Il s’intéresse aussi à la guitare et au piano.

À 15 ans, il décide de travailler.

En 1908 environ, il fonde un trio (bandonéon, violon, guitare).

En 1910, il joue dans un quartet au café La Marina (bandonéon, guitare, flûte et au violon Agustín Bardi).
Deux ans plus tard, alors que Francisco Canaro jouait dans un café à quelques encablures, une bagarre éclate entre deux personnes dans cet établissement. Les deux personnes s’expliquent sur le trottoir mais une d’elles sort un pistolet et fait feu. La balle traverse la devanture du café La Marina et va se loger dans le soufflet du bandonéon d’Espósito qui se réfugie sous la table, sain et sauf. La police intervient et arrête tout le monde.

En 1912, il fait ses premiers enregistrements avec l’orquesta típica Genaro Espositó composé d’un bandonéon, d’un violon, d’une flûte et d’une guitare. Pour Sello Victor, il enregistre un disque sur lequel Corsini fait son premier enregistrement, à savoir Las Violetas.

Une année plus tard, il intègre deux musiciens : Tito Roccatagliata et un jeune pianiste, Roberto Firpo. Ce dernier a eu maille à partir avec un violoniste de l’orchestre, Ernesto Zamborini, au caractère irascible et bagarreur. Lors d’une altercation, Zamborini coupe Firpo au visage. L’histoire ne dit pas s’il a tailladé le visage de Firpo d’un « Z » qui veut dire Zamborini mais toujours est-il que quelques temps après il n’a pas hésité à composer Recuerdo de Zamborini pour se rappeler au bon souvenir de son collègue !

Firpo quitte son orchestre car il gagne le concours de l’Armenonville. En fait ce qui s’est passé c’est que la direction de cet établissement a choisi uniquement Firpo et non l’orchestre tout entier. Un de ses collègues, cette fois un guitariste, s’en prend physiquement à Firpo et lui tire dessus. Firpo s’en sort par un séjour à l’hôpital. Genaro Espósito le félicite néanmoins d’avoir gagné et il ne lui en veut absolument pas. Il fait alors appel à Juan Carlos Cobián pour le remplacer.

En 1913, il joue au Palais de Glace et enregistre un disque de solos de bandonéon.

En 1915, il décide de partir à Córdoba et Tucumán et quelques temps après, il demande à Vincente Gorrese (le futur pianiste de l’orchestre Típica Victor) de faire partie de son orchestre, ce qu’il accepte mais il reste peu de temps malgré son succès qui est très important.

Il retourne à Buenos Aires en 1919 et intègre l’orchestre d’Eduardo Arolas qui joue au festival du tango de Montevideo.

L’année 1920 est fondamentale pour Espósito car il accepte la proposition de Pizarro d’intégrer l’orchestre qu’il est chargé de constituer à la demande de Canaro pour se produire en France. Conscient que le fait de ne pas parler le français est un obstacle, il décide d’engager un musicien français, Victor Jachia qui, outre ses qualités de musicien, présente l’avantage de pouvoir faire des formalités une fois arrivés à Marseille. Ils embarquent sur le Garona mais les choses vont prendre une tournure dramatique : Jachia meurt durant la traversée. Par ailleurs, une fois arrivés dans la cité phocéenne, ils ne gagnent pas leur vie malgré un contrat de quelques mois au Tabaris. Pizarro préfère alors se diriger vers Paris, bientôt rejoint par Espósito et forment un orchestre – l’orchestre Argentin Genaro Pizarro dans lequel figurent des musiciens argentins déjà sur place et des musiciens français. Le succès est au rendez-vous mais les syndicats aussi. Ces derniers protestent et menacent de les empêcher de jouer au motif que les étrangers peuvent seulement se produire dans la catégorie des groupes folkloriques. Aussi, les musiciens de l’orchestre n’ont pas d’autre choix que de jouer habillés en gauchos, ce qui explique les très nombreuses photos d’artistes argentins habillés de la sorte à Paris à cette époque comme Bachicha.

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En 1921, il joue avec son orchestre au Pavillon Dauphine du Bois de Boulogne.

En 1922, il retourne en Argentine pour peu de temps. Il revient à Paris mais il décide de jouer  seul et crée l’orchestre Argentin Genaro Espositó composé de deux bandonéons, deux violons, un piano, une guitare, et une contrebasse. Il se produit dans des lieux divers et variés comme le Club Apollo, le Perroquet, le foyer du Casino de Paris, El Garron (ce dernier était situé au premier étage du 6, rue Fontaine, alors qu’au rez-de-chaussée il y avait le Palermo).

En 1929, il ouvre La Coupole, dancing dans lequel il jouera jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. L’été il donne des concerts dans les stations balnéaires françaises, italiennes et belges.

En 1934 environ, il épouse Jeanne Vent. Elle décède moins d’un an après la naissance de leur fille Claude R. Espositó. Il surmonte cette épreuve et poursuit sa carrière dans des conditions difficiles. Il engage le chanteur Juan Giliberti qui chante avec son orchestre à La Coupole.

Lors de l’Exposition universelle de 1937 qui a lieu à Paris, il revoit Juan Carlos Cobián et lui propose de prendre la direction de son orchestre. Le pianiste préfère rentrer en Argentine et refuse donc.

Les relations internationales sont plus que tendues en Europe. On pressant la guerre. En 1938, il part en tournée dans le sud de la France mais rentre à Paris dès l’ordre de mobilisation générale.

Son fils Teodoro lui conseille de rentrer en Argentine mais Genaro Espósito qui adore la France préfère y rester. La guerre éclate et la partie nord de la France est envahie. À Paris, les cabarets ferment les uns après les autres et il se retrouve sans travail.

En 1943, il joue sur les bateaux-mouches et à la fin de cette année il quitte Paris pour le sud de la France, mais dès janvier 1944 il tombe gravement malade et meurt durant ce mois. Il est enterré à Thiais non loin de Paris.

Avec ses compositions, son souvenir reste. Avec Bachicha, Pizarro et Bianco, il est le grand propagateur du tango en Europe et plus particulièrement à Paris, ville qui a joué un rôle majeur dans la diffusion du tango en lui donnant ses lettres de noblesse dans toutes les couches de la société. Il suffit pour en mesurer l’importance d’étudier le nombre d’oeuvres et de cabarets dont les noms évoquent immédiatement la capitale de la France.

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LE STYLE DE GENARO ESPOSITO

78Genaro Espósito est un des pionniers du tango et occupe une place de choix dans la diffusion de ce genre musical et compte parmi les musiciens les plus importants de la Guardia Vieja.

Son style fortement marqué par la couleur générale du tango du début du XXe siècle, offre un équilibre savamment dosé entre la mélodie et le rythme ce qui permet une danse aisée. Globalement il privilégie le jeu à l’unisson mais le violon est parfois mis en valeur soit parce qu’il joue des passages nettement individualisés comme dans Viva el principe (1927) et Mi Pobre corazón (1935) ou exécute des pizzicati très marqués et audibles comme dans La gringuita (1924).

La gringuita

Viva el principe

Mi pobre corazón

Mi pobre corazón

La gringuita

La gringuita

Bandonéoniste d’exception, à l’image d’autres musiciens avec qui il jouait (Arolas, Firpo, Cobián, Bardi, Gorrese), Espósito a été l’un des tout premiers à donner un rôle majeur à la main gauche dans le jeu du bandonéon et à utiliser les basses dans la double fonction harmonique et rythmique.

Dans la mesure où Genaro Espósito était plus un autodidacte accompli qu’un musicien ayant reçu un long enseignement musical, il a probablement forgé une technique personnelle adaptée à son expression musicale comme le fera plus tard Astor Piazzolla.

Ce point est important si on se place dans une réflexion globale sur l’histoire générale du tango argentin et plus particulièrement sur son évolution. Un musicien comme lui dont le son enregistré peut être considéré comme daté à l’instar de celui des musiciens de cette époque, il a contribué non pas à révolutionner le tango, mais par petites touches distillées de-ci de-là, a apporté sa pierre personnelle à la construction du genre musical qui sera peaufiné par les musiciens ultérieurs qui consciemment ou inconsciemment sont tributaires de leurs prédécesseurs. A cet égard, les exemples de D’Arienzo et Piazzolla sont éloquents car leur modernité s’inscrit à travers le prisme du tango des origines même en matière rythmique pour le premier.

En matière vocale, les chanteurs ne sont pas cantonnés à l’estribillo. Parfois, plusieurs chanteurs interviennent à l’unisson (El piccolo navio, 1924) et une pointe de modernisme se trouve dans l’usage du rire incorporé dans le chant (Decime, 1926) .

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NOTE

1) La date de naissance de certains artistes est parfois discutée. Ainsi pendant longtemps, des personnes dont quelques critiques musicaux ont soutenu que Plácido Domingo n’était pas né le 21 janvier 1941 (mais plutôt vers 1937, voire avant) sachant que cette date était confirmée par ses parents qui étaient les mieux placés pour la connaître. Il a finalement publié son acte de naissance et le registre de l’église mais certaines personnes sont encore restée incrédules… Cette incrédulité s’explique probablement par deux points : avoir chanté Lohengrin à 27 ans (à Hambourg), donc excessivement jeune, et avoir débuté tout aussi jeune au Met et à la Scala (1968 et 1969). 

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DISCOGRAPHIE

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Disques de collection :

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