Empêcher de tourner en rond.

1Le tango argentin comme toute activité mettant en relation un groupe de personnes a ses propres règles. Elles ont pour but d’assurer l’harmonie sur la piste, véritable espace partagé, et non terrain propice à un individualisme exacerbé.

Cet espace n’est pas seulement un espace matériel, c’est aussi, et surtout, un espace social. L’ensemble de ces règles destinées à créer les conditions favorables pour atteindre cette harmonie collective tout en assurant et préservant l’expression artistique de chacun, constitue ce que l’on appelle le code du tango argentin. À la liberté débridée sclérosante pour une milonga, pouvant même conduire à sa paralysie, apparaît la notion d’équilibre discipliné pour le bien et le confort de tous. Cette philosophie se retrouve dans d’autres domaines comme l’intégralité des sports et la majorité des loisirs qui ont toujours pour dénominateur commun le respect de l’autre, qu’il soit partenaire, participant ou adversaire comme dans les disciplines sportives.

Le sens du bal, le mouvement, la fluidité de la ligne extérieure comptent parmi les principales composantes de ce code du tango argentin. Dans la vie de tous les jours, l’expression « empêcher de tourner en rond », trouve son origine dans l’expression « empêcher de danser en rond ». C’est l’un des très rares cas où la danse a, par extension et analogie, déterminer une expression générale et applicable à de nombreux domaines de la société.

Il est intéressant de constater que dès l’origine, cette expression qui apparaît bien avant la naissance du tango, contenait en substance ce qui a fondé par la suite l’un des principaux aspects des règles du bal, la rotation anti-horaire.

Il est difficile de dater avec certitude l’origine de cette expression. Pour Walther von Wartburg (1888 – 1971), elle trouve peut-être son origine dans un pamphlet du célèbre polémiste Paul Louis Courier (1772 – 1825) qui a écrit Pétition pour les villageois que l’on empêche de danser (voir note 1).
En revanche de façon certaine, Alfred Delvau (1825 – 1867) dans son Dictionnaire de la langue verte publiée en 1866, écrit « un importun survient qui trouble l’intimité, qui arrête l’expansion, qui glace le plaisir, probablement comme un étranger tombant au milieu d’enfants en train de danser une ronde ».

Rapportés au tango argentin, ces mots choisis sont riches de sens. On retrouve en effet la personne qui se place en marge du groupe en raison de son comportement, qui gêne et trouble la communauté, qui perturbe l’évolution du bal, qui altère le plaisir et l’harmonie des participants.

Cette notion d’altération du plaisir, de la joie et de la fête se remarque aussi dans les expressions de langues diverses. Ainsi, en espagnol, un típo mala onda (quelqu’un qui a de mauvaises ondes); en italien guastafeste (un rabat-joie); en portugais desmancha-prazeres (un désorganisateur de plaisir).

Certains livres anciens parlent aussi de la personne qui gêne et qui perturbe la ronde et qui est expulsée par le groupe. Cela fait penser à ce qui se passait où se passe encore au pays du tango quand un danseur se considère comme seul au monde et oublie de partager la piste et se voit exclu de celle-ci.

___________

NOTE

1) Sans forcément le savoir, des milliers de Parisiens passent tous les jours devant sa statue bien visible sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris où on peut le voir représenté tenant une plume et un feuillet à la main symbolisant le discours.

En complément : le code du tango argentin en milonga.

___________

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entrez votre adresse e-mail pour souscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par email.

Rejoignez 271 autres abonnés