Le tango drôle, comique, loufoque et étrange

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Richard Burdon Haldane (1856 – 1928), était un homme politique britannique, membre du parti libéral puis du parti travailliste, également avocat et philosophe. En 1895 il participe à la création de la London School of Economics. Il est Secrétaire d’État à la guerre entre 1905 et 1912 et Lord chancelier entre 1912 et 1915.
En 1914, il est élu à la British Academy. Contraint de démissionner en 1915, il rejoint le Parti travailliste et est de nouveau Lord chancelier en 1924.

En 1913, alors que le tango connaît un succès fou dans son pays (les Anglais découvrent cette danse à Paris et la font connaître à leur retour à Londres), Haldane considère que le tango est responsable du faible nombre des engagements dans l’armée.

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En pleine effervescence du tango aux États-Unis, notamment à New York, de nombreuses réactions ont eu lieu visant à interdire cette danse pour des motifs religieux, moraux, de sécurité publique et même pour des raisons médicales.
Les thés dansants dont certains comportaient très majoritairement du tango faisaient l’objet d’une interdiction.
Les directeurs et organisateurs de bals vivaient mal cette interdiction qui leur faisait perdre de l’argent (à peu près à la même époque, un professeur de tango officiant à Paris voyant diminuer le nombre de ses élèves, avait intenté une action en justice pour atteinte portée à une profession contre le cardinal Amette qui condamnait le tango et demandait aux fidèles d’arrêter de le danser ou de prendre des cours).

En avril 1913, André Bustanoby, trouve cet argument rapporté par le New York Times pour défendre la cause du tango.

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C’est un fait tragique réel qui est survenu à Paris le 6 février 1914.

Un tailleur nommé Guenard qui habitait au quatrième étage s’est mis à lancer ses meubles par la fenêtre alors que du monde circulait dans la rue. Des passants stupéfaits regardaient la scène quand il s’est écrié : « Je fais de la place pour danser le tango ». La police est intervenue pour le maîtriser et il a été déclaré fou.

Ce qui est drôle dans cette histoire, c’est l’exploitation qui en a été faite. A l’époque où tout était bon pour lutter contre le tango, les arguments médicaux fleurissaient. Certains ont utilisé ce fait pour montrer que le tango pouvait rendre fou et qu’il valait mieux le fuir.

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C’est la méthode lumineuse utilisée en 1913 par un directeur d’établissement new yorkais consacré à la danse au cas où un danseur se serait avisé à contrevenir à l’interdiction de danser le tango dans l’établissement.

Ceci intervenait dans un contexte d’hostilité au tango au point que William Jay Gaynor (1849 – 1913), maire de New York entre 1910 et 1913, souhaitait interdire cette danse et notamment les thés dansants considérés comme des « orgies lascives ».

Le New York Times a rapporté ce fait en avril 1913 dans un article intitulé  » Mayor Out to Stop Tea and Tango Now ».

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Ce fait réel survenu aux États-Unis dans l’Indiana en février 1915 et relaté par le Fort Wayne News dans un article intitulé « Tangoed to Death », a été exploité, parmi bien d’autres, par les détracteurs du tango. Dès lors que les objections religieuses, morales, financières avaient une portée limitée, les arguments médicaux et, en dernier ressort, les risques de mort étaient avancés pour frapper les esprits et dissuader les gens de danser.

La seule chose que les détracteurs ont oublié de signaler dans ce cas précis, est que l’homme qui a voulu découvrir le tango avait… 102 ans !

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Ce train dénommé « Tango Spécial » a réellement existé à Chicago pour permettre aux amateurs de tango de danser durant le voyage qui les conduisait à La Nouvelle-Orléans pour les fêtes du Mardi Gras. Le New York Times en a parlé en 1914 dans un article intitulé « Tango on Train ».

Ce n’est pas un cas isolé. En 1914, à Toledo dans l’Ohio, un train similaire avait été mis en place pour permettre aux amateurs de tango du Rotary Club de danser durant le voyage qui les conduisait à leur convention annuelle à Houston. L’Indianapolis Star consacre un article à ce sujet intitulé « Tango Tour From Toledo to Texas ».

À Atlantic City, le tango faisait fureur au point que l’on dansait même sur la plage pourtant en pente assez prononcée. Mais ce n’était pas encore assez car en 1915, la compagnie locale de trolleybus créé le « Tango Car » avec un parquet spécial pour danser. La ville assure que ce « tango sur roues » sera un des principaux amusements de la saison comme le souligne le New York Times dans un article intitulé «Tangoing on Wheels ».

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Anna Pavlova (1881 – 1931) considérée comme la meilleure danseuse de ballet classique de l’histoire n’était donc pas sensible à l’esthétique du tango, peut-être trop éloigné de son art.

Formée à l’école Impériale de Saint-Pétersbourg, elle est devenue étoile du Ballet impérial russe et la principale danseuse des Ballets russes de Serge Diaghilev. Son interprétation majeure était « La mort du cygne ». Ezra Pound en parle ainsi dans un de ses poèmes : «L’aube pénètre sur la pointe des pieds comme une Pavlova auréolée».

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Voilà une inscription claire, nette et précise qui figurait en ces termes sur la devanture d’une salle de bal importante à New York en 1914 alors que le tango était décrié dans la ville ! Comme si cela ne suffisait pas, était aussi affichée une représentation de ce qu’était un danseur de mauvaise réputation (donc un danseur de tango) et pour couronner le tout, l’établissement affichait aussi les pensées particulièrement sévères d’Anna Pavlova sur le tango !

Le New York Times s’en fait l’écho en 1914 dans un article intitulé «More Church Heads Oppose New Dances».

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Affirmation rapportée par un journal américain de l’Iowa (le Milford Mail) en 1914 dans un article intitulé «Dance Craze is First Appearance of Social Hysteria in Centuries».

Le tango serait né au Japon dans la ville de Tango qui existait réellement et située dans la Province de Tango (l’actuelle région de Kyoto) dont un des monts se nomme Tango.
Au niveau musical la musique était jouée sur une sorte de luth. Quand les Argentins s’emparent de cette danse, ils délaissent cet instrument ancien au profit d’orchestres de cuivres selon cette source.

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C’est une décision prise en 1914 par Enrique Rodriguez Larreta (1875 – 1961) alors qu’il était ambassadeur d’Argentine en France entre 1910 et 1916.

Il explique sa décision dans un entretien avec un journaliste. Tout en reconnaissant que le tango se danse en Argentine et spécialement à Buenos Aires, il le déplore car il considère le tango comme une chose vulgaire empreinte d’une choquante et excessive sensualité. À le considérer comme une danse (ce dont il doute), elle est primitive et pratiquée dans les lieux infâmes. On ne le danse jamais dans les salons de bonne tenue. Qu’il soit dansé à Paris ou à Buenos Aires, le tango ne change pas de nature et reste le même. Pour lui, Paris ville délicate et raffinée ne peut pas danser le tango comme la « canaille de Buenos Aires » (sic).

S’agissant de la musique, il la considère comme désagréable à l’oreille pour les Argentins.

Enrique Rodriguez Larreta était diplomate et écrivain. Diplômé de l’université de Buenos Aires, il a été professeur d’histoire et membre de l’Académie nationale d’histoire d’Argentine et de l’Académie royale espagnole.

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C’est un fait réel qui s’est passé en 1914 à l’Université d’Harvard.

Des étudiants se sont mis à danser le tango en plein cours de chimie occasionnant des dégâts importants aux équipements qui avaient coûté plusieurs milliers de dollars ! Le tango a dès lors été interdit à Harvard.

L’histoire ne dit pas s’ils ont trouvé la formule magique de l’alchimie du tango.

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C’est une interdiction réelle qui a existé dans un établissement scolaire de Pittsburgh en 1914.

La motivation était la suivante : la direction a constaté que certains professeurs ayant dansé le tango la nuit arrivaient épuisés et ne pouvaient donc pas correctement enseigner le jour suivant, situation préjudiciable pour les élèves.

Les professeurs se sont mis en grève et ont posé un ultimatum à la direction en ces termes : soit vous nous laissez danser le tango, soit nous n’assurons plus les cours.

Fait relaté par le Titusville Herald dans un article intitulé «No Tangoing to Result in No Teaching Pupils».

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C’est sans doute la toute première analyse concernant les conséquences micro-économiques et macro-économiques négatives attribuées au tango.
Elle date de 1913 quand Stanley Wellington Finch qui était à la tête d’une importante institution des États-Unis (National Social Welfare League) déplorait la portée négative du tango sur les affaires allant même jusqu’à faire porter au tango et la maxixe la responsabilité de la dépression économique !

Il rapportait les remarques de plusieurs hommes d’affaires influents selon lesquels la folie du tango devenait incontrôlable et préjudiciable pour l’économie. Plus particulièrement, il mettait en exergue l’analyse d’un homme d’affaires selon qui, la frénésie du tango qui s’était emparée des meilleurs éléments avait pour conséquence majeure de diviser leur capacité de travail par deux. En effet, dansant la moitié de la nuit, ils n’étaient pas en forme le lendemain et ne pouvaient pas fournir la quantité de travail habituelle.

Ces faits ont été mentionnés en 1916 dans le livre de Mordecai Franklin Ham intitulé The Modern Dance et repris dans un livre récent paru en 2008 publié par Naomi Jackson et Toni Shapiro-Phim intitulé Dance, Human Rights, and Social Justice: Dignity in Motion.

Stanley Wellington Finch (1872 – 1951) a fait l’essentiel de sa carrière au ministère de la Justice et a été le premier directeur de ce qui allait s’appeler le FBI.

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C’est une affirmation très originale qui a existé et qui trouve sa source dans les Annales religieuses du diocèse d’Orléans, en 1914, (rapportée par un journal bigouden !) qui estimaient avoir découvert l’origine du tango.

Pour elles, le tango était auvergnat.

Voici l’argumentation : il existait en Auvergne une danse considérée comme vulgaire que l’on appelait la dégognade (Madame de Sévigné en parle dans des lettres à sa fille et à ses amis). Compte tenu de sa vulgarité, elle a été interdite par le clergé local, puis est passée à Paris où elle a aussi été censurée pour les mêmes raisons. Elle passe alors en Argentine et revient sous le nom de tango [!].

Quelques explications : vers 1914, le combat était rude sur la question du tango. Partisans et adversaires redoublaient d’arguments, parfois facétieux et malins, pour appuyer leurs thèses. En l’espèce, pour comprendre l’argumentation pour le moins étrange, il faut avoir à l’esprit que le tango pouvait être combattu en totalité mais que parfois on distinguait le tango raffiné et élégant, du tango vulgaire. L’allusion à la dégognade n’est pas neutre. Cette danse qui a réellement existé est décrite par Fléchier dans les « les Grands Jours d’Auvergne », ouvrage dans lequel il distingue la bourrée de la dégognade. Au-delà de leurs cadences identiques, elles ont des figures différentes. La bourrée est gaie avec des figures divertissantes et agréables. Les départs, les rencontres et les mouvements divertissent et font un très bel effet. Au contraire, la dégognade est une danse, certes gaie, mais dissolue en raison de figures hardies et d’une trop grande agitation du corps. La danser c’était prendre le risque d’être excommunié. C’est exactement ce que l’on reprochait au tango d’où l’argumentation incroyable et téméraire qui repose presque sur un sophisme.

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C’est un fait réel qui a concerné cette prestigieuse école en 1920 qu’a rapporté un bulletin religieux du pays bigouden dont voici le texte intégral :

« Un bon exemple.

Ce bon exemple vient d’être donné au sujet des danses, par un des groupes appartenant à l’élite intellectuelle de la jeunesse française.
La tradition des bals à l’École Polytechnique est renouée, mais on n’y dansera que les vieilles danses françaises et non pas les danses exotiques. Les élèves catholiques de l’École avaient demandé que l’on fît dans le bal deux parties,– l’une pour les catholiques, avec l’exclusion des fox-trot, tango, etc., l’autre, qui eût tout admis. Le conseil de l’Association a estimé que, non seulement il fallait faire droit aux revendications des élèves catholiques, mais qu’il convenait de partager entièrement leurs points de vue et d’exclure du programme « toutes les danses déplacées dans des réunions mondaines, ou futurs ingénieurs, chef d’industrie invitent leurs fiancées ou les jeunes filles qui le deviendront ».

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Le Tango d’Intervilles de Georges LIFERMAN et Guy LUX, chanté par Léon ZITRONE et Guy LUX avec l’ensemble de Jo COURTIN.

Le disque (45 tours) est sorti en 1964 chez « Président ».

Au dos de la pochette : « Ne croyez surtout pas que nous avons décidé de faire carrière soit à la Scala de Milan, soit à l’Opéra de Paris ! Non. Nous savons parfaitement l’un et l’autre que nous chantons faux !… Mais vous vous entendez tellement juste, comme dirait Marcel Achard ». (Signé Guy LUX et Léon ZITRONE).


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Max Reinhardt (1873 – 1943), de son vrai nom Max Goldmann, était un célèbre metteur en scène et directeur de théâtre (Berlin, Vienne). Il signe le « Manifeste des 93 » en 1914. Á l’arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne, il rejoint l’Angleterre puis les États-Unis.

En 1920, il fonde le Festival de Salzbourg avec Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal, considéré avec le Festival de Bayreuth comme un des grands moments de l’art lyrique chaque année (même si de nos jours, il y aurait beaucoup à dire sur certaines mises en scène au Festival de Salzbourg).

En 1913, l’engouement pour le tango est tel qu’il pense qu’il va tuer le théâtre car les gens consacrent leur argent et leur temps aux danses nouvelles, dont le tango.

Il s’est trompé. Le 30 décembre 1913, le Théâtre de l’Athénée joue la pièce de Jean Richepin, « Le Tango ». Fort heureusement, le tango a survécu. De nos jours, c’est plutôt ce dernier qui est fragilisé par rapport au théâtre et au cinéma.

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C’est un fait réel qui s’est produit en 1914 quand Stilson, professeur de tango, a assigné le cardinal Amette qui avait condamné le tango comme étant une danse lascive offensante pour la morale.

Estimant que cette interdiction lui avait fait perdre de nombreux élèves, Stilson a intenté une action en justice pour atteinte portée à une profession et demandé un montant conséquent de dommages-intérêts.

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