The Wicked Waltz and Other Scandalous Dances.

1Un livre particulièrement intéressant de Mark Knowles, paru en 2009 (Éditions Mc Farland), intitulé The Wicked Waltz and Other Scandalous Dances: Outrage at Couple Dancing in the 19th and Early 20th Centuries.

Le titre ne le laisse pas supposer, mais une partie importante concerne le tango. Cela s’explique par le but de l’auteur : comprendre les danses qui reflètent leur temps et la façon dont les sociétés réagissent à leur égard principalement en ce qui concerne les danses nouvelles.

Initialement limité à la valse qui avait été un sujet d’étude pour une thèse, cette danse ayant cristallisé les réactions d’hostilité, l’auteur a par la suite étendu ses investigations au tango, au charleston et aux danses « animales » (turkey trot, grizzly bear, bunny hug) auxquels il consacre un chapitre particulier.

Ce n’est donc pas un manuel de danse mais un ouvrage fondé sur l’histoire avec un certain nombre de sujets connexes. De même que l’histoire est fondamentale pour comprendre le monde, voire anticiper son évolution, ce livre est particulièrement utile pour comprendre le tango dans ses composantes contemporaines.

Il est particulièrement bien documenté car il comporte un nombre important de notes qui renvoient à d’autres livres de référence comme celui de Robert Farris Thompson (Tango: The Art History of Love) ou à des livres plus anciens mais tout aussi intéressants comme celui de Gladys Beattie Crozier (The Tango and how to dance it paru en 1913), voire à des articles de grande qualité.

S’agissant du chapitre particulier sur le tango, l’auteur s’emploie à étudier quatre grandes questions : les origines du tango, le développement du tango, la mode et la musique de tango, et les réactions au tango (on retrouve ces grandes parties pour chacune des danses étudiées).

1) Les origines du tango.

Plusieurs points sont détaillés.

– L’étymologie du mot tango.

C’est une partie très intéressante car l’auteur montre avec précision les controverses concernant les origines du mot tango et plus particulièrement les sens différents qu’il a pu avoir au cours du temps, sources de confusions et d’approximations. Il renforce son propos par des notes particulièrement riches.

Le mot tango apparaît pour la première fois en 1786 dans un document signé par le gouverneur de la Louisiane espagnole (« los tangos, o bailoes de negros »).

En 1803, le dictionnaire de la Real Academia Española comporte une liste de mots comme variantes de tángano.

Toujours en 1803, les archives de la Sainte Inquisition de Mexico contiennent une référence à ancient tango et avancent que c’est une chanson mexicaine.

Carlos Vega mentionne une danse appelée tango qui existait à Mexico au XVIIIe siècle.

En 1899, le dictionnaire de l’Académie royale des lettres d’Espagne donne deux définitions. Une fête et danse des Noirs d’Amérique et une musique pour la danser.

Dans son dictionnaire de la danse, W.G. Raffé estime que le tango a pour origine une danse rituelle africaine liée au Shango (ou Xango).

Pour Vernon et Irène Castle, le tango n’a pas d’origine sud-américaine mais une origine bohémienne. Il aurait été amené en Espagne puis les Espagnols l’auraient fait connaître en Argentine. Les Argentins auraient alors éliminé les traits bohémiens et ajouter une certaine indolence.
Gladys Beattie Crozier retient cette thèse comme la plus probable.

– Les premiers développements de la danse.

– Le développement du tango à Buenos Aires dont le tango de scène.

2) Le développement et la propagation du tango en Europe (France, Grande-Bretagne, etc.) et aux États-Unis.

S’agissant du cas particulier de la France, l’auteur montre l’engouement pour le tango avec toutes les conséquences que cela comporte.

On apprend que le roi du tango est Ludovic de Portalou, que les professeurs argentins viennent à Paris pour faire de l’argent facile, que le couple qui gagne une compétition au Palais de Glace danse 62 tangos et que celui qui popularise le tango était Camille de Rhynal, chorégraphe, danseur, compositeur, écrivain et organisateur d’événements. C’est lui qui organise la première compétition officielle de tango en Europe (à Nice en 1907) dont le succès est tel qu’il en organise une autre à Paris la même année.

Il organise aussi le premier championnat du monde de danse à Paris en 1909 qui deviendra un événement annuel.

3) La mode et la musique de tango.

L’accent est principalement mis sur l’évolution des vêtements (matière, couleur, coupe, etc.) et comporte des anecdotes captivantes comme par exemple l’origine de la couleur tango (jaune-orangé), de la Banane Tango, etc.

4) Les réactions au tango.

L’auteur s’attache à montrer les objections morales et religieuses, les dangers du tango (« Tango pirates » et pickpockets), les points soulevés par la médecine (maladies et bienfaits).

 

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